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Coups de cœur

Le néogâtisme gélatineux de Daniel Accursi

Le néogâtisme gélatineux de Daniel Accursi
Éloge de la pataphysique.

Le néo gâtisme gélatineux est un savoureux concept burlesque forgé par Daniel Accursi pour décrire la pensée conformiste décervelée soumise aux lois de la Phynance mondiale et au recyclage des clichés les plus éculés et les plus rétrogrades. Pensée réactionnaire et policière tout autant fascinée par la pulsion de mort d'un troisième âge planétaire néo-conservateur qu'enivrée par une volonté de puissance toujours plus infantile et débilitante qui s'amollit dans la transparence gélatineuse de ses propres désirs individualistes. Le NÉOGATEUX est une « espèce d'Ubu sacrificateur et purificateur. Mélange d'esprit sénile acariâtre et d'avidité juvénile. » A ce désastre écervelé, Accursi oppose, en un rire destructeur et salvateur à la fois, le cri de révolte d'une Pataphysique en éternelle ébullition. Forgée en son temps par Alfred Jarry, la Pataphysique, mère nourrice du dadaïsme, en appelle encore et toujours à un dépassement de la métaphysique, néo-conservatisme galopant du triomphe de l'être sur le Rien, à l'origine de toutes choses. A l'heure où l'on assiste, spectateurs hébétés de nos vies dépossédées, aux règnes bellicistes des êtres suprêmes les plus archaïques (Dieu, la Nation, l'Identité, l'Ordre et la Police), il est bon de crier Merdre et d'opposer à l'esprit de sérieux mortifère les salves d'un rire inépuisable et salutaire : celui de la création littéraire et de l'imagination libre. Bougre de merdre, enfourchez vos plumes de paon!

Olivier Rachet

Le ciel sans détours de Kebbir M. Ammi

Le ciel sans détours de Kebbir M. Ammi
Au cœur des ténèbres, la lumière marocaine.

La narratrice de ce récit est une vieille femme, Fdéla, née avec le siècle au Maroc et parcourue, au terme de sa vie, au sommet d'une des montagnes enneigée de l'Atlas, où elle raconte à Dieu, libérée enfin de ses souffrances, les étapes ayant jalonné son existence. Enfant illégitime, elle est recueillie, après que sa mère fut lapidée par des hommes sans visage, par celle qu'elle appelle Ma Zahra, qui la vendra à Marrakech à Hadj Belghisse, lequel revendra à son tour la jeune enfant à sa tante Hajja Tamo. Esclave des maîtres dont la corruption grandit au fur et à mesure que les colons s'installlent ; à deux reprises, Fdéla se révoltera pour s'affranchir de sa misère. Le récit se clôt sur les émeutes de Fès en 1990. Entre-temps, le lecteur découvre des figures aussi chatoyantes que Selim, le fils de Hadj Belghisse qui proposera à la jeune fille de fuguer, Bidaq le gardien de la Ménara qui collectionne dans sa baraque les cartes postales que ses amis partis en Europe lui envoient, Marlene Dietrich ou Hadj Thami, jeune aveugle de la Koutoubia le nez toujours face aux ténèbres.

Le roman est un va et vient permanent entre les souvenirs de Fdéla et le
temps alangui de la vieillesse. Il constitue un témoignage souvent bouleversant sur l'éternel retour de la misère dans un pays dont on a aussi bien exploité les hommes - ces indigènes ayant combattu à deux reprises les allemands, au côté des soldats français - que les richesses. Il est aussi une méditation sur l'éternel retour du diabolique, qu'incarnent sans doute ces « hommes sans visage » que la narratrice évoque de façon énigmatique dans les premières pages du livre. Colons d'hier, commerçants véreux de jadis, entrepreneurs d'aujourd'hui. Le lecteur se demande qui donc a intérêt à ne pas connaître la richesse de ce qu'il pille. La réponse résiderait alors étrangement dans la présence du père Cyprien, personnage secondaire, qui accueillera un temps Fdéla. Parti de France afin de civiliser des barbares, il se convertira à la langue et à la culture des opprimés.

Olivier Rachet

Racaille de Karim Sarroub

Racaille de Karim Sarroub

Mohamed ou l’optimisme.

« C’était mon tour. » Dès les premières lignes de ce récit tout voltairien, le lecteur est convié à jeter un regard critique sur les us et coutumes algériennes, en commençant par l’initiation suprême que représente la circoncision. Or, ce que le narrateur en retint est le défilé incessant des voisins et autres parents venus rendre visite au sacrifié, telle cette jeune fille dont il aurait pu tomber amoureux mais qui, en soutenant son regard, frustrera en lui tout désir. L’histoire peut alors commencer. Le narrateur nous raconte ses errances, ses masturbations et son exil, intérieur avant d’être finalement migration volontaire. Enrôlé de force dans une société corrompue et vindicative dont il ne comprend ni les enjeux ni la logique, Mohamed sera relégué dans un asile psychiatrique d’où il finira par s’évader avant de quitter Skikda, en compagnie de son ami homosexuel Mustapha, pour rejoindre Constantine et Alger la blanche.

Le conte cruel de Karim Sarroub se clôt dans les ruelles de Marseille puis à Nancy, où une lettre de l’alphabet finira par hanter l’esprit de notre Candide musulman, malgré lui. Les hommes normaux n’existent guère, ni ici ni ailleurs. L’ironie reste toujours, de loin, l’arme la plus efficace pour combattre les préjugés et l’hypocrisie religieuse, vous ne trouvez pas ?

Olivier Rachet

Racaille, Karim Sarroub
Le Mercure de France, Paris, 2006
17,- €

Coma de Pierre Guyotat

Coma de Pierre Guyotat

L’Apocalypse selon Guyotat

Pierre Guyotat est sans aucun doute le dernier de nos écrivains, le dernier des hommes à refuser le caractère normatif de sa langue qu’il embrase depuis ce chef-d’œuvre que restera Éden, éden, éden jusqu’à Progénitures écrit dans la langue des hors-la-loi.
Le sommeil profond dans lequel l’auteur fut plongé, et qui sert de trame à ce récit, est beaucoup moins le symptôme d’une âme dépressive en lutte avec les démons de l’Histoire coloniale ou ceux, tout aussi malfaisants de la petite histoire familiale, que l’image inversée du coma dans lequel est plongé, asservissement volontaire devenu universel et globalisé, le commun des mortels.

Guyotat, le poète, rejette sa langue, maternelle et nationale ; rejette en lui l’homme pour se voir « comme nous voient les animaux », « ressentir le monde comme le ressentent l’acarien du tapis, le crabe ou la baleine ». Malheur de l’homme qui se croit encore un homme « dans un monde minéral, végétal, animal, divin ».
Dans ce récit éblouissant et cathartique, l’auteur nous offre la plus belle des transsubstantiations : celle qui commue la langue en Verbe. Aux confins de la prière et de la révolte sourde, Coma demeurera le chant désespéré de la laideur du monde.
Face à des êtres de plus en plus hantés par leur moi et prisonniers narcissico-dépressifs de leur propre image, Guyotat affirme ici merveilleux, hiératique, que le Verbe ou l’Image peuvent encore nous sauver. Viendra le temps de la Résurrection… Pauvres mortels…

Olivier Rachet

Coma, Pierre Guyotat
Le Mercure de France, Paris, 2006
23,- €

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EN VITRINE

"Papa, qu'as-tu fait en Algérie ?" de Raphaëlle Branche

"Papa, qu'as-tu fait en Algérie ?" de Raphaëlle Branche

De 1954 à 1962, plus d’un million et demi de jeunes Français sont partis faire leur service militaire en Algérie. Mais ils ont été plongés dans une guerre qui ne disait pas son nom. Depuis lors, les anciens d’Algérie sont réputés n’avoir pas parlé de leur expérience au sein de leur famille. Le silence continuerait à hanter ces hommes et leurs proches. En historienne, Raphaëlle Branche a voulu mettre cette vision à l’épreuve des décennies écoulées depuis le conflit.
Fondé sur une vaste collecte de témoignages et sur des sources inédites, ce livre remonte d’abord à la guerre elle-même : ces jeunes ont-ils pu dire à leur famille ce qu’ils vivaient en Algérie ? Ce qui s’est noué alors, montre Raphaëlle Branche, conditionne largement ce qui sera transmis plus tard. Son enquête suit ensuite les métamorphoses des silences et des récits jusqu’à nos jours. Elle pointe l’importance des bouleversements qu’a connus la société française et leurs effets sur ce qui pouvait être dit, entendu et demandé dans les familles à propos de la guerre d’Algérie. Elle éclaire en particulier pourquoi, six décennies après la fin du conflit, beaucoup d’enfants ont toujours la conviction qu’existe chez leur père une zone sensible à ne pas toucher.
(éditions La Découverte, 09/2020)

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