IDÉES CADEAUX

Les rubriques

Nouveaux articles

Chroniques

Dernière minute

"Vivement Vivement" par SP38Depuis l'annonce du 6 janvier 2021 la librairie Zadig reste bel et bien ouverte, envers et contre toute mesure de confinement global. Les autorités sanitaires de la ville-État de Berlin nous considèrent toujours comme commerçants de denrées essentielles ! Nous aurons donc la joie et le plaisir de proposer en nos murs et sur nos rayons des sélections de nouveautés comme chaque année, en cette année folle à bien des égards. 
C'est un défi que notre équipe s'emploie à relever du mieux qu'elle peut, en s'engageant à répondre à vos demandes le plus efficacement possible ! Préparez donc à votre guise votre tenue de bal masqué, et venez découvrir nos suggestions d’essais utiles et instructifs pour la pensée ! Nos coups de cœurs de toute l'année et tous les temps en littérature d'évasion, de révolte ou de distraction... Et tout un florilège d'albums illustrés innovants, de bandes dessinées distractives ou bien instructives, pour adultes comme pour enfants, en passant par les cartes postales et jeux de société, ou les carnets pour dessiner ou prendre note, faire le journal de bord de ces temps improbables.
  
Vivement les fêtes à venir, dans nos cours intérieures et nos logis garnis de livres, avec une pensée pour celles et ceux qui n'ont pas eu les moyens d'une trêve bien méritée.
  
Bonne année 2021 à toutes et tous, dans la joie et le réconfort de la lecture !
  
  
étoile Zadig

Trois livres essentiels

Couverture livre Franz Hessel

Ce livre - le dernier publié du vivant de Franz Hessel - a un titre volontairement provocateur car il est paru en 1933, année fatale s'il en fut. Avec cette douce et irrésistible ironie qui le caractérise, l'auteur répond aux critiques de ses amis qui lui reprochent la légèreté de ses propos et son décalage par rapport à la réalité. Ainsi celui qui "s'adonnait au dangereux plaisir de conter des fables" présente et clôt ses récits de remarques "utiles" pour les lecteurs, mais lui procurant surtout l'occasion d'exercer son esprit critique contre la société de son époque.
Ce recueil est le plus abouti et le plus cohérent de Hessel. Il suffit de lire "Des planches sur le sable" ou la rencontre d'un amateur de mots croisés avec une Russe fougueuse sur une île de la mer du Nord, "Mon premier artichaut" ou l'effeuillage simultané d'un artichaut et d'une dame sensuelle, pour en apprécier l'écriture fine et précise. Sans oublier "L'art de se promener", véritable manifeste d'un flâneur des métropoles qui a érigé la promenade en art de vivre. >> Encouragements aux plaisirs de Franz Hessel, Le Seuil, 2001.

 

Couverture "L'anomalie" - prix Goncourt 2020L'anomalie d'Hervé Le Tellier, collection Blanche-Gallimard. PRIX GONCOURT 2020
 
 
10 mars 2021. Les 243 passagers d'un vol au départ de Paris, marqué par de violentes turbulences, atterrissent à New York. Parmi eux : Blake, tueur à gages ; Lucie et André, couple français au bord de la rupture ; Slimboy, chanteur nigérian homosexuel ; Joanna, avocate américaine ; ou encore Victor Miesel, écrivain sans succès, qui se donne la mort après avoir écrit en quelques jours un livre aussitôt propulsé en tête des ventes... Trois mois plus tard, contre toute logique, un avion en tous points identique, avec à son bord le même équipage et les mêmes passagers, surgit dans le ciel au-dessus de New York. S'ensuivra une crise politique, médiatique et scientifique sans précédent, au coeur de laquelle chacun de ces personnages ou presque se retrouvera face à une autre version de lui-même... Avec cette variation spirituelle et virtuose sur le thème du double, qui nous transporte des faubourgs de Lagos et de Mumbai à la Maison Blanche. 

  

Couverture livre J.-B. Pouy
© Folio-Policier 10,50 €
Mai 68 a presque tout détruit. Dans une France aux allures postapocalyptiques, des bandes rivales gauchistes sillonnent les routes et s'entretuent dans une vaste compétition nationale. Julius Puech, alias Spinoza, est le chef de la Fraction Armée Spinoziste. Monté sur sa moto et chaussé de bottes en lézard mauve, il n'a qu'un objectif : combattre son ennemi de toujours, Hegel... La Trilogie spinoziste de Jean-Bernard Pouy, "polar futuriste ultra-violent s'affranchissant de tous les codes littéraires", selon les mots de l'éditeur, est le chef-d'œuvre parodique d'une sorte d'oulipien pas loin de Le Tellier, professeur de philo et homme de radio dont la gentillesse et l'humour libertaire ont bercé la jeunesse des trentenaires de l'an deux mille.

 
étoile Zadig

Deux femmes puissantes

Photo M.-H. Lafon - O. Roller
M.-H. Lafon © O. Roller
Histoire du fils de Marie-Hélène Lafon (Buchet/Chastel). PRIX RENAUDOT 2020
 
Dans une écriture limpide et fluide, Histoire du fils décrit le fils, André. Le père, c'est l'Absent. La mère, c'est Gabrielle. Mais André est élevé par Hélène, la soeur de Gabrielle, et son mari. Il grandit au milieu de ses cousines et chaque été, il retrouve sa mère biologique qui vient passer ses vacances en famille. De Saint-Céré dans le Lot en passant par Chanterelle et Aurillac jusqu'à Paris, Marie-Hélène Lafon nous transporte à nouveau au coeur d'une famille. Elle décrypte aussi bien ses bonheurs ordinaires que le poids du manque le plus profond, celui qui creuse des galeries dans les vies, sous les silences. André n'a de cesse de mendier le père, de cerner les contours de son absence, d'attendre, de guetter, de laisser le temps s'étirer, de se cogner à l'urgence, de composer un portrait en indices et de comprendre en creux qui il a été : un avare du cœur, plein de lui-même, pétri de morgue, étroit, mesquin, beau et aimé par les femmes. Avec ce nouveau texte, l'auteure confirme la place si particulière qu'elle occupe aujourd'hui dans le paysage de la littérature française.
 
Marie-Hélène Lafon est née en 1962 à Aurillac. Agrégée de grammaire et professeur de lettres classiques dans l'enseignement secondaire, elle a publié plusieurs romans : Sur la photo, en 2003 ; Mo, (2005) ; Organes, (2006) ; La maison Santoire (2007) ; Les derniers Indiens, (2008) ; L'Annonce, (2009). Elle a reçu le prix Renaudot des lycéens en 2001 pour son premier roman Le soir du chien. Elle reçoit le prix du style en 2012 pour Les pays et le prix Renaudot 2020 pour Histoire du fils.
  
 
PHOTO
G. Wittkop © DR
Hemlock de Gabrielle Wittkop, Quidam éditions, 10/2020.

C'est une "fresque grandiose au charme vénéneux", nous dit son éditeur. Hemlock évoque les destinées tragiques d'une Italienne de la post-Renaissance - Beatrice Cenci -, d'une Française du Grand Siècle - la marquise de Brinvilliers - et d'une Anglaise de l'époque edwardienne en Inde - Mrs Fulham -, entraînées dans le vortex du crime par l'enchaînement des circonstances, leur faiblesse et leur passion. Au-delà des contingences chronologiques, des visions récurrentes, des lieux, des objets, des leitmotive les relient entre elles. Comme aussi à Hemlock, une femme de notre temps, étrangère à leurs crimes mais déchirée entre les espérances et les craintes d'une situation extrême dont la présence, véritable fil d'Ariane, domine tout le livre. Dans ce texte tumultueux rigoureusement articulé autour des angoisses de Hemlock, rien n'est aléatoire et l'apparent arbitraire obéit à des lois aussi inéluctables qu'insolites. Quant aux trois meurtrières, le cheminement de leurs histoires illustre les mots de Shakespeare, que l'auteur place en exergue de son ouvrage : "Seigneur ! Nous savons ce que nous sommes, mais ne savons pas ce que nous pouvons être". 
 
Gabrielle Wittkop est née le 27 mai 1920 à Nantes et décédée le 22 décembre 2002 à Francfort. Elle a rencontré dans le Paris occupé un déserteur allemand homosexuel du nom de Justus Wittkop, âgé de vingt ans de plus qu'elle. Ils se marieront à la fin de la guerre, union qu'elle qualifiera d' "alliance intellectuelle". Son mari se suicidera en 1986, alors qu'il était atteint de la maladie de Parkinson. Gabrielle Wittkop affirmera : "Je l'y ai encouragé. J'ai raconté ça dans Hemlock".
 
étoile Zadig

Les livres essentiels du mois

 

Couverture "Uiesch - Quelque part"
© Mémoire d'encrier, 14 €

 

UIESH / QUELQUE PART de Joséphine Bacon
(Recueil bilingue français / innu)

 
Extrait : Je n’ai pas la démarche féline
/ J’ai le dos des femmes ancêtres / Les jambes arquées / De celles qui ont portagé / De celles qui accouchent / En marchant (...)

Quelque part, une aînée avance. Elle porte en elle Nutshimit, Terre des ancêtres. Une mémoire vive qui nomadise, épiant la ville, ce lieu indéfini. Joséphine Bacon fixe l'horizon, conte les silences et l'immensité du territoire. Née en 1947, elle est amérindienne, innue de Betsiamites. Poète et réalisatrice, elle vit à Montréal et est l’auteure d’une œuvre poétique d’une grande puissance saluée dans le monde entier.

 

 
Couverture "Adieu Babylone"
© Albin Michel, 11,50 €
ADIEU, BABYLONE de Naïm Kattam
Préface de Michel Tournier

 
Bagdad ne fut pas toujours synonyme de dictature et de passions guerrières. Longtemps, au contraire, l'héritière de l'ancienne Babylone garda en son sein les traces d'une diversité culturelle unique en son genre, où les communautés cohabitaient pour le pire, parfois, mais aussi pour le meilleur. Naïm Kattan, l'un des intellectuels les plus brillants de la francophonie, est un témoin privilégié de ce passé ignoré par beaucoup. Son adolescence de juif arabe s'est déroulée au coeur des multiples contradictions d'une Bagdad alors soumise aux répercussions de la seconde guerre mondiale. Aussi épris de patriotisme irakien que ses compagnons musulmans, il dut se frayer un chemin d'homme dans un univers riche mais complexe, entre tradition et modernisme, entre son antique communauté juive et la culture arabe, entre le refus du colonialisme anglais et la fascination pour un occident aux séductions irrésistibles. Puis la création de l'état d'Israël rendit dramatique la situation déjà bien précaire des juifs irakiens, et le départ devint quasi inévitable. Ces mémoires pleins de vie et d'intelligence, publiés pour la première fois il y a trente ans au Québec, ont pris aujourd'hui une densité tout à fait singulière.
 
 
Couverture "Vagabond de la vie"
© Livre de Poche, 9,50 €
VAGABONDS DE LA VIE de Jim Tully
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Thierry Beauchamp

 
Jim Tully se frotta pendant plus de six ans à divers hobos ces saisonniers américains qui voyageaient clandestinement sur les trains de marchandises. Il monta dans des trains postaux et des convois commerciaux, bivouaqua dans les « jungles » des vagabonds, assimila leurs us et coutumes, vécut de petits boulots et de mendicité, eut affaire aux forces de police, et vit souvent passer la mort de près. Publié en 1924 aux États-Unis, Vagabonds de la vie compte parmi les classiques de la littérature consacrée aux hobos. Il rend compte avec précision des mœurs et de la philosophie de ces hommes de la route. Avec ce récit, Tully s'inscrit dans les pas de Mark Twain et de Jack London, et un précurseur de Kerouac. En 1924, Charlie Chaplin engagea Jim Tully comme conseiller spécial pendant la production et le tournage de son film La Ruée vers l'or, quelques mois avant la parution de Vagabonds de la vie dont le succès auprès de la critique comme du public fut immédiat.

  

étoile Zadig

Peinture et série de SP38 La Saga se poursuit chez ZADIG
 
étoile ZADIG
 
Mais pourquoi donc attendre encore avant de lire La peste de Camus en format numérique ?

La liseuse Saga de chez Bookeen est en vente chez nous, et notre portail numérique vous donne accès à un grand nombre de titres de référence, téléchargeables à domicile avec paiement sécurisé, pour peu que vous ayiez installé Adobe Digital Edition 3.0 (gratuit), sur vos ordinateurs, tablettes ou bien portables. La vie n'est-elle pas simple ? Il n'y a pas besoin de liseuse d'ailleurs, si vous faites cette première expérience. La lecture peut se faire sur votre écran familier !
 
Pour lire votre eBook sur un PC ou une tablette :
 
Pour voir tourner en de bonnes mains la fameuse machine à lire :
 
 
Liseuse Saga de chez Zadig
 
 
 
étoile ZADIG
 

Colifichets et illustrés

Image porte-clés pangolinLa pandémie du pangolin se poursuit donc – même si aux dernières nouvelles elle n'est plus forcément due à ladite bestiole (celle qui se met en boule et ressemble au logo de firefox™) –. Certaines gadgetteries d'extrême-orient ont proposé le pangolin comme emblême de porte-clé au début des années deux mille. Nous vous en proposons un cliché, histoire d'introduire le débat en cette non-Saint-Sylvestre annoncée. Que l'on se passe le mistigi ou l'écouvillon à virus, pourquoi pas une introspection sur nos colifichets ? Toutes ces petites marottes que nous avons, qui construisent nos idées. Ces préjugés sur nous-mêmes et nos références...
  

Coouverture livre ZagdanskiIl y a vingt ans tout juste paraissait un inénarrable livre de Stéphane Zagdanski, rendant hommage à l′une des icônes masculines de référence de la Résistance mondiale – juste après Orwell et Che guevara, pourrait-on dire – dont la 4e de couverture clamait ceci : « Le Totem emblématique de la Nation, l'Idole suprême, le Sauveur providentiel, l'homme qui passe pour avoir rendu à un pays occupé par les barbares son honneur, sa grandeur, sa gloire, le libérateur solitaire, le stratège novateur, le démocrate acharné, le réformateur impassible, le justicier impartial, le négociateur impavide, le ferme décolonisateur de l'Empire branlant, l'irrécusable mémorialiste, l'homme de lettres raffiné, le miraculeux réformateur de la Constitution moribonde, le thaumaturge de l'armée affaiblie, le prince du nucléaire, le pacha des formules, le génie des bons mots, l'aristocrate des bains de foule, l'inouï visionnaire de la modernité contemporaine... Ne fut jamais au fond qu'un vulgaire politicien publicitaire au charabia charlatanesque, un diplomate cynique et ingrat, un menteur impénitent, un soldat raté, un théoricien surfait, un mégalomane colérique, autoritaire, despote dans l'âme, un bourgeois faible d'esprit, un réactionnaire stupide gavé – dès l'adolescence et jusqu'à son déclin sous les quolibets révolutionnaires – des pires idéologies que le XIXe siècle français a produites, un apprenti-écrivain vulgaire et laborieux, s'illusionnant sur tout et d'abord sur lui-même, féru des stéréotypes romantico-fascistes les plus écoeurants, témoignant d'une indulgence proche de la fascination pour les pires canailles de son temps, insensible et paternaliste, vaniteux et grandiloquent, parfois paranoïaque, toujours mythomane, révisionniste, mystificateur, rigolo ringard. Il était temps, après un demi-siècle de sottise française, de pulvériser le colosse de plâtre. Place au rire... » Pauvre de Gaulle de Stéphane Zagdanski est un texte virtuose, à rapprocher de l'Archimondain Jolipunk de Camille de Toledo, paru chez Jean-Jacques Pauvert en l'an 2000. Superbe volume bleu gaullien avec rabats. Indispensable cadeau des fêtes pour célébrer la crise des hottes de père Noël et autres corbeilles, en s'esclaffant.

   

Couverture BD "de Gaulle à la plage"
de Gaulle à la plage de Jean-Yves Ferri, éd. Dargaud, déc. 2007
Quelques années plus tard, en 2007, un drôle d'album de bande dessinée toilé à tranche jaune annonçait en 4ème de couverture une alléchante enfilade de titres à paraître, tels : de Gaulle aux sports d’hiver, de gaulle passe à l’Olympia, de Gaulle en Chine, de Gaulle l’astronaute, Le naufrage de de Gaulle... Il était signé de Jean-Luc Ferri, comparse de Manu Larcenet et scénariste du nouvel Astérix dessiné par Conrad, aux échos pas si nuls de ciel qui tombe sur la tête d'un peuple qui a sa dite tête près du bonnet. Objet-canular s'essayant à tirer le portrait de l'inénarrable figure gaullienne qui disait que son seul concurrent en terme de popularité était Tintin d'Hergé. De série d'albums, point il n'y eut. En ce cinquantenaire de la mort du grand homme, la chaîne Arte propose une série de gags en trois minutes et hilarants, à déguster...
 
>> de Gaulle à la plage (Vidéo d'Arte)
  

 

Éditorial d'automne

PHOTO
© Cercle - Yannick Haenel
Il y a des vents contraires instruits de l'opinion de toutes et tous, qui veulent donner des ordres de lectures : pour les appeler par un nom appelons-les algorithmeurs. Attention, c′est avec un i, pas un y que ça s′écrit. C′était Verlaine, le monsieur un peu chauve qui fréquenta Arthur Rimbaud et aimait les églises, qui employait le mot rythmeur associé à rimeur pour qualifier les poètes anglophones de son époque.

 
Là il s′agit de tout autre chose. Des modes éparses qui nous font craindre le pire, réduits que nous serions à suivre la consigne des mots du temps et des pensées prêtes à porter. Les écrivaines et vains de cette rentrée littéraire 2020 avaient, sur fond de crise sanitaire dévastatrice, un gros défi à relever pour combler nos attentes frileuses à ce sujet.

On redoutait le grand déluge des journaux autofictionnels de confinement, mais il n'y en eut quasiment pas sur nos tables de nouveautés.

On redoutait aussi le grand lavage rose des frusques de la vieille littérature à la papa ou bien à la mémère, qui nous habilleraient pour l'hiver de leurs palabres de causettes et de causeurs embourgeoisés, celles des Philistins qui décrêtent le vrai. Il n'en fut rien.

« Cito, Longe, Tarde » ou « Vite, Loin, Tard » était la recommandation latine pour se garder de devenir pestiféré. Partir de ce bas-monde, s'échapper en beauté dans la ligne de fuite d'un horizon lointain et revenir le plus tard qui se puisse : qui n'en a pas rêvé ?

En attendant, même s'il est sans doute de saison de craindre la fin des haricots, il ne faudrait pas oublier qu'il reste des livres à revendre. Prenez-les dans vos sacs à dos, achetez et revendez-les. Informez-vous plus que jamais auprès du pas-de-porte agréé pour cela.

Bon automne d′échanges mobilisés à toutes et tous !

Les livres nécessaires

Couverture livre Riad Sattouf

Riad a 14 ans, ses cheveux blonds ont disparu, et il a un physique difficile. À la fin du tome précédent, son père s'est enfui en Syrie avec son plus jeune frère, Fadi. Tandis que sa mère utilise tous les recours légaux pour récupérer son fils, Riad poursuit son exploration de cet âge pénible qu'est l'adolescence et se réfugie dans le paranormal. Il devient copain avec les exclus de sa classe, qui lui font lire Lovecraft, et rencontre Anaïck, la femme de sa vie. Grâce au dessin, il arrive à se faire – un peu – respecter. Mais il a du mal à trouver sa place, partagé entre l'envie d'être comme les autres et sa mauvaise conscience venue de Syrie, qui se rappelle à lui à travers les voix de son père et de ses cousins... Face au dérèglement climatique, à la pollution et au sentiment d'impuissance, la violence est-elle le moyen le plus efficace d'être entendu ? >> Allary éditions, 05/11/2020. 25,- €

étoile ZADIG

 
Couverture livre "Devenir Beauvoir"Un jour de 1927, Simone de Beauvoir eut avec son père une vive discussion sur ce qu'« aimer » voulait dire. À une époque où les femmes étaient censées n'avoir d'autre aspiration que le mariage et la maternité, la jeune Simone, à 19 ans, s'abreuvait de philosophie. Par « aimer », son père entendait « services rendus, affection, reconnaissance ». Simone soutenait de son côté que l'amour ne saurait se réduire à de la gratitude, à quelque chose que l'on doit à quelqu'un en échange de ce qu'il a fait pour nous. « Que de gens, nota-t-elle le lendemain dans son journal, n'ont jamais connu l'amour. » De fait, Simone de Beauvoir allait incarner, pour elle et pour les générations futures, une nouvelle conception de l'amour et une nouvelle approche de l'existence des femmes. Le couple mythique qu'elle forma avec Jean-Paul Sartre, « l'ami incomparable de sa pensée », devait pourtant éclipser sa propre carrière de philosophe. Considérée comme sa disciple, on ignora longtemps le travail à quatre mains qu'elle mena avec lui, le caractère original de sa pensée et de ses positions. Or, il est difficile de comprendre la révolution du Deuxième Sexe en ne leur rendant pas justice. Certes, Beauvoir eut une vie épique : elle croisa la route de Picasso et Giacometti, Joséphine Baker, Louis Armstrong et Miles Davis, ainsi que d'un nombre exceptionnel de personnalités littéraires, philosophiques et féministes du XXe siècle. Mais sans la philosophie, Simone de Beauvoir ne serait pas devenue « Simone de Beauvoir », ce qui est notable pour deux raisons très importantes : parce qu'il est temps d'en finir avec le mythe de Beauvoir disciple de Sartre ; et parce que leurs désaccords et leurs discussions constituent l'un des vecteurs essentiels qui lui permirent de devenir elle-même. D'après Virginia Woolf, « il y a certaines histoires que chaque génération doit raconter à nouveau ». Ce que révèlent les journaux et la correspondance de Beauvoir redessine les contours de sa biographie. >> éditions Flammarion, 28/10/2020. 28,- €
 
étoile ZADIG

Virus de la lecture III

 
Couverture Changeons de voie - Edgar Morin
© Denoël, 16,50 €

CHANGEONS DE VOIE - Edgar Morin
Avec la collaboration de Sabah Abouessalam


À défaut de donner un sens à la pandémie, sachons en tirer les leçons pour l’avenir.

Un minuscule virus dans une très lointaine ville de Chine a déclenché le bouleversement du monde. L’électrochoc sera-t-il suffisant pour faire enfin prendre conscience à tous les humains d’une communauté de destin ? Pour ralentir notre course effrénée au développement technique et économique ?
 
Nous voici entrés dans l’ère des grandes incertitudes. L’avenir imprévisible est en gestation aujourd’hui. Faisons en sorte que ce soit pour une régénération de la politique, pour une protection de la planète et pour une humanisation de la société : il est temps de changer de Voie.
 
 
 
Une trop bruyante solitude  - B. Hrabal
© Pavillons, 9,- €
UNE TROP BRUYANTE SOLITUDE - Bohumil Hrabal
Traduit du tchèque par Anne-Marie Ducreux-Palenicek

 
Hanta, ouvrier depuis trente-cinq ans dans une usine de papiers destinés au recyclage, boit de la bière, déambule dans les rues de Prague, lit et ressasse la mission dont il s'est lui-même investi : sauver la culture en arrachant à la mort des trésors injustement condamnés. Instruit presque malgré lui par la lecture des ouvrages interdits destinés au pilon, il va faire renaître ces chefs-d'oeuvre sous la forme d'une autre oeuvre : les pages broyées sont transformées en balles de papier décoratives et décorées. Bientôt, il se retrouve seul, entouré de ses créations. Divers incidents et personnages tragi-comiques viennent émailler cette fable sensible et émouvante qui est aussi un cri de révolte lancé à l'assaut des sociétés totalitaristes. Publié en 1976 à Prague.
  
 

Couverture Au nom de la mère De Luca
© Folio, 7,50 €
AU NOM DE LA MÈRE - Erri De Luca
Traduit de l'italien par Danièle Valin
 
« La grâce, c'est la force surhumaine d'affronter le monde seul, sans effort, de le défier en duel tout entier sans même se décoiffer. C'est un talent de prophète. C'est un don et toi tu l'as reçu. Tu es pleine de grâce. »
 
Erri De Luca s'empare de l'histoire la plus connue de l'humanité, et l'articule autour de la figure de Marie. Ou plutôt de Miriàm, une simple jeune femme juive, fiancée à Iosef quand elle tombe enceinte, et qui sait ce que cette grossesse avant le mariage signifie aux yeux de la Loi. Sous la plume du romancier italien, l'histoire de la Nativité trouve un ancrage nouveau dans le contexte hébraïque, et se fait éloge d'un corps et d'une âme, ceux d'une mère...

 
étoile Zadig

LA CRUAUTÉ DES ENFANTS RICHES ?
 

Couverture L'exil vaut le voyage - Laferrière

C'est un roman graphique d'un genre nouveau que le plus atypique de nos académiciens de langue française, Dany Laferrière, a publié en Europe cette année.

Déjà coutumier de la chose, puisqu'il a fait paraître trois volumes déjà de ces carnets de mémoires illustrés, initialement produits au Québec. Ceux-ci ne sont pas sans rappeler aux connaisseurs les savoureuses mémoires du truculent illustrateur de presse et pataphysicien Siné.

La forme commune aux deux est l'alchimie d'une verve astucieuse au fil des phrases calligraphiées, et l'hilarante incise de dessins jetés là avec tous les protagonistes du récit – dont le narrateur même, le plus souvent – qui prennent forme sous nos yeux. Laferrière s'y affuble d'une couronne dorée d'enfant, genre Petit prince... Serait-ce, parmi d'autres, une antidote livresque à la crise du Corona, que la plupart des robots traducteurs intégrés aux ordinateurs nomment lestement : crise de la Couronne ?

Et n'est-ce pas dans tous les cas de nouvelle légitimité qu'il s'agit lorsque les autorités sanitaires françaises nomment leurs palabres en vue de rénover le système sanitaire et social français : Ségur de la santé ?

Le nom Ségur n'est, il est vrai, rien que le nom d'une avenue des 7e et 15e arrondissements de Paris, siège du ministère où se déroulent lesdites palabres. Puisque ce nom d'avenue est dédié à un lointain ancêtre par alliance de la fameuse comtesse de Ségur, auteure des Mémoires d'un âne et autres Malheurs de Sophie, pourquoi ne pas passer du coq à l'âne et prendre à rebrousse-poil quelques clichés d'époque ? Notre Haïtien de choc élu au fauteuil de Montesquieu en 2013, ayant rendu hommage ainsi à cette sacrée comtesse... :

Page roman graphique Laferrière Après la mort de mon grand-père, je me suis jeté sur les livres et je lisais tout. Tout ce qui me tombait sous la main. Mon plaisir était très divers. J'aimais surtout la comtesse de Ségur, grâce à cette espèce de gaieté qu'il y a dans ses livres. Une gaieté mêlée de larmes (la cruauté des enfants riches).

(Extrait de L'exil vaut le voyage de Dany Laferrière, éditions Grasset et Fasquelle, mars 2020).

étoile Zadig

Pour faire pièce à tout préjugé, soyez poètes. N'oubliez pas de réclamer des contes !




VIRUS DE LA LECTURE II


PHOTO
Livre de Poche, 9,- €
Il existe sur les marchés d'orient des "fèves" mystérieuses auxquelles d'antiques superstitions prêtent le pouvoir de favoriser la naissance d'enfants mâles. Un peu partout, en effet, les naissances féminines vont se raréfier ; les "fèves" en seraient-elles la cause ? a travers une enquête à rebondissements qui les entraîne jusqu'à l'équateur, un savant français, spécialiste des scarabées, et sa compagne cherchent une explication. ce roman d'amin maalouf se prête à plus d'une lecture. roman de l'amour "maternel" d'un père envers sa fille, roman d'un homme attaché à "la féminité du monde", roman du partage de notre planète entre un sud qui dépérit et un nord qui s'exaspère, roman de l'effrayante rencontre entre les perversions de l'archaïsme et celles de la modernité... mais peut-être est-ce avant tout un conte philosophique, celui de notre fin de siècle déconcertante, et aussi, un regard inquiet vers le vingt et unième, si présent déjà, et que l'auteur appelle, énigmatiquement, "le premier siècle après béatrice".

 

PHOTO
Livre de Poche, 9,50 €
Robert Badinter retrace le destin de sa grand-mère, Idiss, qui fuit l’empire tsariste pour se réfugier à Paris en 1912. Elle y vit les plus belles années de sa vie avant d’être rattrapée par les affres de la guerre et le nazisme.

« J'ai écrit ce livre en hommage à ma grand-mère maternelle, Idiss. Il ne prétend être ni une biographie, ni une étude de la condition des immigrés juifs de l'Empire russe venus à Paris avant 1914. Il est simplement le récit d'une destinée singulière à laquelle j'ai souvent rêvé. Puisse-t-il être aussi, au-delà du temps écoulé, un témoignage d'amour de son petit-fils. » Robert Badinter

 

PHOTO
Points-Essai, 11,50 €
Le premier livre d'Hannah Arendt, The Origins of Totalitarianism, publié en 1951, demeure encore aujourd'hui essentiel. Philosophe de la politique, Arendt se propose de montrer, à l'aide d'un matériel empirique rigoureux, de quelle manière le totalitarisme a pu naître dans le monde occidental. Étrangement, ce livre qui forme un tout n'avait pas été traduit dans son intégralité : seule la première partie (L'antisémitisme) et la troisième (Le totalitarisme) étaient jusqu'ici accessibles au public français. À une époque où le thème du totalitarisme semble plus que jamais devoir s'imposer dans le débat politique, il est pourtant indispensable de lire Arendt jusqu'au bout. Dans cette deuxième partie L'impérialisme, Arendt rend compte de l'expansion de l'État-nation à la fin du 19e siècle. Dès cette époque, les impérialistes français, britannique ou allemand justifient au nom d'une théorie raciste dépourvue de toute nuance l'occupation de vastes territoires africains et, déjà, l'usage impitoyable de la terreur. Après la Première Guerre mondiale d'autres bouleversements politiques surgirent qui portèrent en Occident même un coup sévère aux droits de l'homme, nombre de citoyens perdant les droits dont ils bénéficiaient.

 

étoile Zadig

Les Jours heureux

Die Band - Mawil 2004
© Mawil - Reprodukt Verlag, 2004


Le soleil brille dans notre rue si calme depuis six semaines déjà, durant lesquelles nos portes sont restées grandes ouvertes aux heures habituelles, comme celles de quelques autres commerçants de détail de « biens nécessaires » : animaleries, magasins de vélos, fleuristes... libraires !

Cette ambiance inhabituelle n'est pas sans rappeler la case de BD ci-dessus, extraite de l’excellent album Die Band, paru chez Reprodukt Verlag en 2004 (et également aux éditions 6 pieds sous terre en 2007, sous le titre The band, pour la version française).

Un souvenir d’enfance du bédéiste et musicien Mawil, qui évoque le temps de ses années rieuses de bohème productive, à la toute fin des années 1980 en RDA et nous donne l'occasion d'un retour en arrière.

Arrêt-image bien salutaire qui nous éloigne un tant soit peu des marchands de kebabs à la truffe ou autres concepteurs de palettes de chantier en marbre que proposent certains ici, pour meubler le temps et l'espace de clients chics...

En ces temps dont la vue se trouble, ZADIG a décidé de reprendre l'idée lancée par l'estimée librairie CITY LIGHTS de San Francisco (si loin, si proche) : plutôt que de distanciation sociale, pourquoi ne pas parler de solidarité spacieuse ?!

Profitons de l'espace que nous avons pour déambuler et nous poser avec un livre ! N'est-ce pas l'ébauche d'un beau programme de Résistance ?

Joyeux printemps à toutes et tous, à musarder au coin des rues comme au détour de vos rayons de livres !

Mangez des livres !

Image Kupka exergue Homme et la terreFrantišek Kupka, dit François Kupka, né en Bohême, a illustré une somme en six volumes publiée en 1905 : L'Homme et la Terre, œuvre majeure du géographe et communard français Élisée Reclus. Six vieux grimoires que ZADIG détient dans ses collections et expose en vitrine depuis ses tout débuts en 2003. Nous avions dédié cette œuvre et cette image, l’automne dernier, à la jeunesse du monde entier mobilisée pour le climat.

Maintenant les logos et slogans des vieux maîtres d’antan n’ont plus seulement bon dos pour exprimer le point de vue des seules minorités conscientes. Garder la tête claire. Voilà ce à quoi nous sommes tenus pour avancer et réveiller notre Terre-mère en menant nos actions sur le principe de l’Entraide. Ce n’est pas si néfaste, au vu des ravages que la mondialisation galopante (comme on disait il y a vingt et quelques) ont provoqué.

Elle nous en fait tout de même voir de drôles d’époques, cette fichue planète, sous le coup des péripéties que vivent en ce début d'année les Hommes et autres Animaux... Dans l'ordre d’apparition il y a eu des koalas carbonisés en Australie, au sujet desquels les médias d’Europe ont déclaré qu’ils étaient morts sur un territoire grand comme « deux fois la Belgique ». En voilà des douleurs géolocalisées : ça vous en a des airs de plaidoyer pour un vieux monde blagueur, des métaphores comme celle-là !

Ladite blague tournant court, quand peu après s’est propagée l’image dévastatrice de pangolins dont la chair tendre, prisée de quelques gastronomes chinois, était porteuse de ce virus, le Covid-19, qui dévaste pour de vrai non pas tous les « veaux, vaches, cochons, couvée » — comme Perrette cassant son pot de lait chez La Fontaine — mais les chaumières comme les palais de l’impayable espèce Humaine.

Économies en vrille, états d’urgences, confinements de toutes et tous... Il faut pourtant garder la tête froide. La fin des temps ne peut être une affaire aussi surfaite. Une affaire d’hominidés bavards et impatients, qui commandent par le biais de « pure player » des ressources prémâchées venues des quatre coins du monde.

Commandez donc des livres triés sur le volet chez votre libraire de proximité !

 

Virus de la lecture I

Hubert Lucot à l'escalierPour comprendre à posteriori notre monde chamboulé, il faut relire les aventures policières, sexuelles, boursières et technologiques de Luc Bouc, héros d'Hubert Lucot (photo - DR) dans son roman Les Voleurs d'orgasme. La multinationale qui y est décrite (la Multinana) commande des enquêtes révolutionnaires par leur objet comme par les moyens qu’elles mettent en œuvre. Le héros rencontre une jeune femme : coup de foudre. Elle disparaît. Il va la rechercher au Maghreb, à Hongkong, au Japon, en Australie, à Rome, au Portugal, au gré de missions au cours desquelles il multiplie les prouesses. Il en profite pour percer les motivations de ceux au service desquels il risque chaque jour sa vie et son intégrité morale, il en profite pour comprendre un peu mieux le trafic planétaire des personnes, des biens, des embryons, des idées, des logiciels et des molécules. Roman d’amour et d’aventures, Les Voleurs d’orgasme est aussi le livre de la mondialisation dont les prémices s'annonçaient dans les livres d'auteurs visionnaires comme Hubert Lucot ou Jean-Charles Massera il y a vingt ans et quelques.

Les Voleurs d'orgasme, éditions P.O.L 1998 : 19,- €. (Hubert Lucot est l'auteur du roman-affiche de 12 m² Le grand graphe, de chez Tristram éditeur, dont nous avons aussi un exemplaire en rayon).
 
 
Couverture livre Super Monsieur FruitMonsieur Fruit est un journaliste obèse qui revêt son costume de super héros afin de faire régner la paix à New York-sur-Loire. Clarque Quinte est journaliste au Daily Planète. Son problème c'est son obésité ! En effet le bonhomme préfère courir de boulangerie en pâtisserie plutôt que de prendre son bus et aller au boulot. Du coup les reportages lui filent sous le nez, il a son patron sur le dos et il doit absolument rattraper le coup. Au détour d'un étalage de fruit, alors qu'il envisage sérieusement de se mettre au régime, il rencontre un mystérieux homme à lunette qui lui propose de devenir le nouveau super héros « Monsieur fruit » et ainsi de pouvoir aller combattre l'infâme Jean-François, qui veut devenir le maître du monde et des fruits en particulier.

Bande dessinée de Nicolas de Crécy parue chez Futuropolis en 2015, reprise d'un classique de super-héros européen des années 1990. 32,- €
 
 
Couverture livre L'An 01 de GébéL'An 01 est une bande dessinée de Gébé, un film de Jacques Doillon, un mouvement, une utopie... En 1970, Gébé publie ses premières planches, et dans Charlie Hebdo l'aventure commence. Le premier livre qui les recueille paraît un an plus tard. Ensuite, c'est un film, que Jacques Doillon réalise, avec la participation d'Alain Resnais, de Jean Rouch, et de nombreux acteurs et amis : Coluche, Miou-Miou, Gotlib, Stan Lee. L'An 01, c'est l'envie d'en finir pour de bon, mais sans violence, avec une société morne et matérialiste, vendue comme un horizon indépassable. "On arrête tout", là, maintenant, et on imagine, au fur et à mesure, le monde à venir. Le tout avec poésie et humour, avec une liberté et une joie qui ne manquent pas de rafraîchir nos cerveaux engourdis. Pendant toute la durée de réalisation du film, Gébé dessine, dans ses planches, le film en train de se faire, prolonge le travail, répond au lecteur, rend compte de l'enthousiasme général. Le film, c'est l'Utopie en train de se faire, L'An 01 qui commence. La bande dessinée, elle, c'est le carnet, la mémoire de cette révolution en marche. Le monde entier participe au film. Le scénario paraît en feuilleton dans Charlie Hebdo. Pour la première fois, les planches de Gébé et le film de Jacques Doillon sont disponibles de conserve. Écologie, amour, refus des rapports marchands, réinvention de soi et de la société : et si L'An 01 commençait pour de bon ?

Livre + DVD du film de Doillon paru à L'Association en 2014. 34,- €




Par Saint Nom, la Bretèche !

Agrippine de Bretécher lit HeideggerMême si ce n'est rien de grave − moins grave en tout les cas que le fait qu'elle soit décédée −, sachez, gentes dames et gents damoiseaux, que l'auteure des Frustrés et d’Agrippine avait un nom que la plupart des gens ont toujours prononcé de manière gourde.

Haut les cœurs donc. Nous sommes tenus − pour rendre hommage à celle qui fut la plus géniale des poétesses du dessin populaire d’Europe et de Navarre − de crier fort en direction des cieux : Claire BREU-TÉ-CHER ! Mais oui bande de mioches masculinistes, on se concentre un peu. Car il n’y a pas d’accent aigu sur la première syllabe de son nom, crénom de Dieu.

Sonnez trompettes ! Claire Bretécher a su décrire mieux que personne les Dames du temps jadis et d’aujourd'hui en butte à leurs contradictions, mais aussi la sempiternelle déraison adolescente, ainsi que la mâle tentative d’être au monde, irréversiblement pathétique. Le tout d’une manière gouailleuse, rebelle et forte. N’en jetons plus, lisons ses livres ! Elle vient d'un trou perdu qui nous est cher, car quel qu’en soit le nom, c’est d’une très ancestrale vieille province universelle qu’elle parlait. Celle des beaux esprits libres et voyageurs, des Rabelais, Jarry et autres scolopendres aimant les grabouillis.

étoile ZADIG

Hommage à Tomi Ungerer

Zeralda par Ungerer

Natif d'Alsace et décédé à Cork (Irlande) en février 2019, il était une figure franco-allemande de la satire, l'art et l'humour. Amis pas si lointains du Till l'Espiègle de De Coster et du vagabond Knulp d'Hermann Hesse, ses héros de papier avaient pour nom Zéralda, Crictor ou bien les Trois brigands. Un grand sachem, un mohican de la contre-culture européenne nous a quittés. Un apache du Vieux Continent, comme ceux qu'on affectionne ici très posément.

© Extrait du Géant de Zéralda, L'école des loisirs, 1982.


Black Power White Power - Ungerer

© Black Power/White Power, affiche contre le ségrégationnisme racial, 1967. (Musée Tomi Ungerer de Strasbourg)
Son affiche "Black Power/White Power" est devenue l’une de ses images politiques et satiriques les plus célèbres, conçue à l’origine pour la couverture de la revue new-yorkaise Monocle, puis publiée sous forme d’affiche. Le thème du ségrégationnisme racial était des plus brûlants au cœur des années 1960. Il l'a traité avec audace en posant  la question de la responsabilité de chaque camp : représentant un homme noir et un homme blanc placés tête-bêche comme sur une carte à jouer qui s’entre-dévorent. L’emploi de la couleur brune mise en contraste avec du blanc et du noir, ainsi que le graphisme simplifié au trait épais accentuent la dramatisation de la scène. Sur fond de renforcement du conflit opposant les États-Unis aux forces du Vietnam et de l'embrasement des ghettos de Newark et Détroit, le grand Tomi, future star du dessin jeunesse, fit alors montre avec courage d'une certaine malice européenne vis-à-vis des fureurs du temps.

ZADIG seit 2003

Schicksal
de mon quartier...


La fille à cheval de Christophe Blain

Amis lect(eur)(trice)s, bienvenue chez Zadig, haut lieu de librairie indépendante dédié à la littérature universelle autant qu’à la littérature de coin de rue.

Acteur de sa ville depuis 2003 dans le bon vieux Berlin-Mitte de Brecht et Döblin, son nom est dédié à l’éponyme roman Zadig ou la Destinée de Voltaire. Il n’est pas un corner de grande enseigne commerciale au nom improbable du type Tartuffe&Molière*, ni un show-room aux marques griffées deluxe, ou bien aux accessoires décontractés-chic-rock'n'roll.

Passez la porte et venez découvrir nos fondamentaux en livres jeunesse et adulte, de l'actualité la plus récente en pensée critique aux nouveautés romanesques essentielles. Sans oublier les beaux livres, livres de poésie et de bande dessinée, ainsi qu’une large sélection de livres sur Berlin et de littérature de langue allemande en français.

Dans quelques jours nous vous donnerons quelques nouvelles du front de la littérature d'ici, à l'Est d'Eden et pas seulement. Bonne rentrée livresque à toutes et tous !


(*) Mais bien que d'un faux zèle ils masquent leur faiblesse
Chacun voit qu'en effet la vérité les blesse :
En vain d'un lâche orgueil leur esprit revêtu
Se couvre du manteau d'une austère vertu ;
Leur coeur qui se connaît, et qui fuit la lumière,
S'il se moque de Dieu, craint Tartuffe & Molière.
Discours au roi, Nicolas Boileau (1636-1711)

Image d'illustration DR - Christophe Blain / Revue AMERICA

VISAGES D'EUROPE

Photo Orwell
La rentrée littéraire a ceci d'une sympathique période qui veut que non content que chaque livre trouve son lecteur,  le contraire d'un contraire puisse faire la joie d'un vidéo-tubeur en ligne ou d'une rubrique de magazine dictant comment et quoi se mettre... La lectrice avisée, le lecteur exigeant ne s'en laissent heureusement pas tant conter. Mais comment déjouer cette dictature imagière ? Quels modèles la jeunesse peut-elle revendiquer ? Vu que les stars des lettres d'aujourd'hui auront bientôt — si elles n'y prennent garde — des trognes d'ancien temps que certains rois du monde arborent sans vergogne, convoquons deux visages d'Europe qui ne firent aucune concession aux miroirs de leur siècle.
 
Photo Simone Weil
Simone Weil et Georges Orwell combattirent dans le camp républicain durant la guerre d'Espagne, et décédèrent en Angleterre, chacun de leur côté, sans jamais se croiser. Vous avez dit Brexit ?...
Ils furent des intellectuels hors des normes et des modes, soucieux du droit des faibles contre toute oppression, qu'elle soit bureaucratique, bigote ou financière.
Tous deux nous ont légué qu'il n'est pas de littérature à laquelle ne préside une épopée d'idées.
Souhaitons-nous d'emboîter le pas, mieux que jamais  pour cette nouvelle année, aux esprits libres qui ne cessèrent de vivre sans entraves, et s'indigner.
 
Une belle année de conquête, à toutes et tous !

Oh les beaux jours


© pq 2016

Ici Berlin. Les beaux jours vont et viennent. Il y a tellement de choses à déchiffrer, relire et inventer, quand ils rallongent ou racourcissent. Bien plus qu’une banale marguerite à effeuiller, qu’une lubie de coudre ou d’en découdre, ou qu’une brusque envie de vent d’été dans les chaumières de ce monde R&Bee-isé.

Il y a tellement de niches à faire aux coins des rues pas tous proprets, au moins pour ceux ornés comme au vieux temps des friches, gribouillés à la hâte, qui nous font réfléchir au temps qu’il fait. Tellement à baliser d’espaces pas encore bardés de palissades, pour surligner ces runes de rue qu’on trouve encore, qui torsadent les fils du temps et du réel, qui forcent le trait.

Une ligne tracée, à quoi ça tient. À quoi revient un mur qui tombe, par pans entiers sous le vent de l’Histoire, ou bien parce qu’il s’est pris sur la tête une bombe ? À quoi tiennent un marché, un mur porteurs ? Il fût un temps pas si lointain où le ciel de Berlin voyait passer des funambules épris de liberté qui cherchaient la frontière entre terre et ciel, à défaut de celle entre l’Est et l’Ouest.

Aujourd’hui nous en sommes au passé accompli. Les merles sifflent encore, annonçant la saison des pommes. Mais ils se posent peu, les volatiles. Trop de béton pour eux. Alors ils reviendront quand les maisons seront finies. C’est ça qu’il faut, qu’ils zieutent la folie des hommes, ces oiseaux libres. À défaut de s’y retrouver tels les passants de nos quartiers prisés, qui veulent voir en vrai tous les palais des Larmes ou les Points-chèque de Charlie.

Préparez vous au grand effeuillage d'automne. Nous vous souhaitons, par le livre et le rire, la plus inattendue des fins d'années !

FEUILLES D'AUTOMNES

Kulturecke Berlin
© pq 2015

C'est un écheveau de rues longtemps méconnu du Berlin policé et lissé, désormais parcouru de Segway™ et calèches aux tarifs horaires princiers, que banquent volontiers les touristes en goguette.

L'histoire y est passée et repassée. C'est le Berlin de Brecht et Tucholsky. Du dôme de la synagogue mauresque finalisé en 1866 d'après les plans d'Eduard Knoblauch, saccagée, profanée, détruite en 1945, puis reconstruite.

Mais aussi le Berlin dont nous sommes au plus près, celui du Tacheles, ancien grand magasin devenu haut-lieu de la culture constestataire, que les édiles d'ici ont eu le mauvais goût de murer il y a plusieurs automnes, sans que personne n'ai pu y pénétrer depuis.

Sont-ils si importants que ça ceux qui spéculent sur l'oubli ? Croient-ils qu'on peut d'un claquement de doigts, combler des vides ?

La rentrée littéraire dûment sélectionnée que nous vous proposons, foisonnante comme il se doit, fait bien mieux que remplir des trous.

Du roman de Boualem Sansal, 2084, décrivant une société cauchemardesque et totalitaire inspirée d'Orwell, à celui de Delphine De Vigan, D'après une histoire vraie, narrant le tête-à-tête trépidant d'une auteure harcelée par sa meilleure lectrice, il y aura de quoi lire.

Sans oublier l'inépuisable acuité de Sorj Chalandon, échographiant dans Profession du père l'arrière-cuisine de bons Français accommodant leurs restes de pétainisme grégaire, d'anti-gaullisme forcené, d'éloge du colonialisme et autre forfanterie borgne. 

Le libraire de proximité n'aime rien tant qu'écrire le livre des mémoires vivaces. Pour le cœur et les yeux des passants d'un quartier, les tables de ses nouveautés sont les tables d'orientation, au jour le jour, d'une certaine idée de la culture et la littérature. Toutes choses dont ZADIG a pris de la graine, depuis 12 ans déjà.

Polars d'été

Le gang de la clef à molette - Edward Abbey - CrumbRévoltés de voir le somptueux désert de l'Ouest défiguré par les grandes firmes industrielles, quatre insoumis décident d'entrer en lutte contre la “Machine”. Un vétéran du Vietnam accro à la bière et aux armes à feu, un chirurgien incendiaire entre deux âges, sa superbe maîtresse et un mormon nostalgique et polygame commencent à détruire ponts, routes et voies ferrées qui balafrent le désert. Armés de simples clefs à molette — et de quelques bâtons de dynamite — ils doivent affronter les représentants de l'ordre et de la morale lancés à leur poursuite. Commence alors une longue traque dans le désert.

Dénonciation cinglante du monde industriel, hommage à la nature et hymne à la désobéissance civile, Le Gang de la clef à molette, écrit par Edward Abbey, pionnier de l'écologie radicale qui a passé sa vie à combattre les saccageurs de la nature, est un livre subversif à la verve tragi-comique sans égale. Grand roman épique de l'Ouest américain reparu aux éditions Gallmeister en 2013, dans une nouvelle traduction détonante illustrée par le grand Robert Crumb, il a été vendu à deux millions d'exemplaires depuis sa parution au milieu des années 1970.

Comme d'autres polars universels de qualité finement sélectionnés trônant chez nous, bénéficiez pour l’acquérir d'un prix de promotion spécial !

Le Chat du Rabbin

Le Chat du Rabbin : Le film

Il est en vente en DVD le sépharade chat-philosophe qui un jour dévora un perroquet et se mit à parler. La série de BD culte de Joann Sfar adaptée par lui-même à l’écran rappelle à notre bon souvenir les bienfaits du multiculturalisme. Une fable philosophique à la Voltaire évoquant « des chats et des dieux » pour qui le problème n'est pas la religion, mais la façon dont on la vit...

IDÉES CADEAUX

L’Anomalie (Prix Goncourt 2020)

L’Anomalie (Prix Goncourt 2020)

Histoire du fils (prix Renaudot 2020)

Histoire du fils (prix Renaudot 2020)

 La petite dernière

La petite dernière

Black Manoo

Black Manoo

Sauf imprévu

Sauf imprévu

Un travail comme un autre

Un travail comme un autre

Tanz !

Tanz !

Vernon Subutex (BD) - tome 1

Vernon Subutex (BD) - tome 1

La vie secrète des virus

La vie secrète des virus

Alma - Le vent se lève

Alma - Le vent se lève

Roland Léléfan se déguise

Roland Léléfan se déguise

Mon amie Agnès

Mon amie Agnès

Kaliningrad ; la petite Russie d'Europe

Kaliningrad ; la petite Russie d'Europe

Une histoire mondiale des femmes photographes

Une histoire mondiale des femmes photographes

Vivre ma vie - Une anarchiste au temps des révolutions

Vivre ma vie - Une anarchiste au temps des révolutions

Marguerite Yourcenar - Portrait intime

Marguerite Yourcenar - Portrait intime

Le pommier

Le pommier

Nouvel An

Nouvel An

Poèmes choisis

Poèmes choisis

Traversée - Une histoire d'amour

Traversée - Une histoire d'amour

EN VITRINE

"Aline et les hommes de guerre" de Karine Silla

"Aline et les hommes de guerre" de Karine Silla

Aline Sitoé Diatta naît en 1920, au beau milieu des forêts luxuriantes de la Casamance, dans le sud du Sénégal. Enfant déterminée, puis adolescente indépendante, solitaire et douce, elle quitte la brousse pour se rendre à Dakar afin d'y travailler comme gouvernante dans une famille de colons. C'est là qu'elle entend, pour la première fois, des voix qui lui ordonnent de rentrer chez elle pour libérer son peuple. Prônant la désobéissance civile et la non-violence, Aline appelle les Sénégalais à lutter pour leurs terres et le respect qui leur reviennent de droit. S'entourant des anciens, comme le veut la tradition diola, écoutant les conseils de son sage ami Diacamoune, la jeune femme est vite érigée en icône de la résistance, magnétique et insoumise, et est sacrée reine. Menaçant l'ordre établi et mettant à mal l'administration française, Aline, la « Jeanne d'Arc du Sénégal », devient l'ennemie à abattre, mettant, dès lors, sa jeune vie en danger. À travers Aline, Karine Silla renoue avec l'histoire de ses origines et fait entendre la musique de tout un pays grâce à son écriture aussi envoûtante et inspirante que la voix de cette femme de lutte et de cœur qui, plus jamais, ne nous quittera. (éditions de l'Observatoire, août 2020).

Lettre d’infos

Régulièrement, nous vous informons des activités et des nouveautés de la librairie.

La librairie

Librairie française
Patrick Suel

tel +49 (0)30. 280 999 05
fax +49 (0)30. 280 999 06
Email info@zadigbuchhandlung.de

Le lundi de 14 à 19 heures,
du mardi au vendredi de 11 à 19 heures
et le samedi de 11 à 18 heures

Zadig

ALBUMS PHOTO

« On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans » ?Mazen Kerbaj invite Ute Wassermann +1Inauguration de la nouvelle ZADIG le 21 septembre 2019France invitée d'honneur à la Foire du livre de Francfort 2017Leïla Slimani et Olivier Guez invités par ZADIG le 31 mars 2015Une lecture-présentation de Ken Bugul« Le Messager de Hesse », une relecture de Georg Büchner« Les Mystères de la gauche » par Jean-Claude Michéa« L’Art presque perdu de ne rien faire » de Dany LaferrièreRUE DES LIGNES 2013« Verre Cassé » de Alain Mabanckou« Où va Berlin ? » / Partie 2« Où va Berlin ? » / Partie 1Le Livre des NuagesOù sont passées les filles ?Brassens libertaire« Retour à l’envoyeur »Alain FreudigerAfter VIVE LA BOURGEOISIE! le 15 juillet 2006Une lecture de « Brassens. Le regard de Gibraltar » de et par Jacques Vassal le vendredi 15 septembre 2006Jean-Charles Massera