Le conteur primordial mobilise déjà l’incertitude épique de Cervantès ; les distorsions du réel de Kafka ; les touffeurs langagières de James Joyce ; le majestueux détour de Faulkner autour d’une damnation originelle... Et, je ne veux pas vous faire de la peine, mais il m’est arrivé d’imaginer, à l’écoute de nos vieux contes, que ce cher Rabelais, ce père du langage, ce surgissement d’une catastrophe esthétique extrême, venait très certainement d’une plantation martiniquaise. Je crois que Rabelais est un conteur créole.
Patrick Chamoiseau
Discours inaugural de la Chaire d’écrivain en résidence, Sciences Po Paris, 27/01/2020

Sitaudis.fr : Revue off
Gérard Vincent, L’incandescence par Michaël Bishop 04/02/2025
Pierre Guyotat. La Parole visible (coll.) par Jacques Barbaut 03/02/2025
Dante Alighieri, Une vie nouvelle, traduction d’Emmanuel Tugny par Florica Courriol 03/02/2025
du9 : L'autre bande dessinée
Vue de la rue 09/12/2025
La fin du temps 08/12/2025
Au charbon 04/12/2025
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« La bibliothèque retrouvée »
Éditions Zoé, 2025
Une lecture-présentation de Vanessa de Senarclens
Le samedi 25 octobre 2025 à 19 h (sur réservation)

En mars 1945, l’Armée rouge entre en Poméranie. À deux cents kilomètres au nord-est de Berlin, l’immense bibliothèque du château de Plathe, trésor de plusieurs générations, se volatilise dans l’Europe en ruine. Sept décennies plus tard, Vanessa de Senarclens accueille dans son bureau un meuble à tiroirs appartenant à sa belle-famille : un catalogue qui recense seize mille ouvrages, dont un volume clandestin de Voltaire, un Aristote préfacé par Érasme, les fleurs de Maria Sybilla Merian. C’est la bibliothèque perdue de Poméranie. Armée d’une solide formation d’historienne et d’un sens de l’humour salvateur, l’enquêtrice décide d’en retracer la trajectoire. Elle dresse le portrait de celles et ceux qui l’ont fondée, conservée et enrichie, de la Prusse des Lumières jusqu’à l’horreur nazie. En interrogeant aussi les derniers témoins de la collection intacte et le silence qui s’est imposé après la guerre, ce livre fait le pari qu’un récit peut transmettre même ce qui a disparu.
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Photo V. de Senarclens © Roman Lusser
Née en 1968 à Genève, Vanessa de Senarclens vit depuis 1996 à Berlin. Spécialiste des Lumières, elle enseigne la littérature française à l’université Humboldt. Ses publications portent surtout sur les auteurs du XVIIIe siècle et, plus récemment, sur l’histoire culturelle. Elle est membre du comité directeur de la Société allemande d’études du XVIIIe siècle. Avec La Bibliothèque retrouvée, elle s’échappe des sentiers académiques et trouve sa voix, à la frontière du récit littéraire et de l’essai.
Extrait
Dans la salle de séjour aux plafonds bas, ouverte sur une baie vitrée, tenaient un canapé, trois fauteuils et une armoire, mais aussi des gravures anciennes, un pan de tapisserie et des portraits de famille qui, jusqu’en mars 1945, avaient orné les larges murs d’un château en Poméranie orientale. Toutes ces choses avaient été déplacées par la guerre, charriées sur de nouvelles rives, comme l’avaient été mes beaux-parents. Ils s’appelaient Ferdinand et Margarethe von Bismarck-Osten. Ce qui prenait toute la place dans leur salon, c’était la Grande carte topographique du duché de Poméranie de 1618, dessinée par le mathématicien poète Eilhard Lubin. Le cartographe avait arpenté des milliers de kilomètres au cours de l’automne 1612, montant sur les rares collines de cette province notoirement plate ou grimpant aux clochers les plus hauts, muni de ses instruments mathématiques lui permettant de mesurer la distance exacte entre deux points. Le résultat est une description précise du duché avec ses villes, ses villages, mais surtout ses innombrables lacs, forêts, rivières, marais. En s’approchant, on distingue au plus sombre des bois, des sangliers et un cerf. Et, sur les flots de la lagune, à l’embouchure de l’Oder, entre la mer, la terre et quelques récifs, on identifie encore une petite embarcation en bois avec des canotiers qui semblent vouloir traverser le fleuve à contre-courant vers nous.

Entrée 8 € / 4,50 €
Sur réservation !
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« Au temps de ma colère »
(Éditions Verdier, 2025)
Une lecture-présentation de Camille de Toledo
Le samedi 11 octobre 2025 à 19 h (sur réservation)

Au temps de ma colère présente les deux âges d’une vie, en miroir, offrant une vue saisissante sur la fin du siècle dernier. D’un côté, il y a « l’enfant en colère » qui a vingt-cinq ans au début des années deux mille et s’apprête à publier son premier livre, un essai sur la chute du Mur de Berlin et les récits qui s’imposaient alors. De l’autre, le narrateur qui, des années plus tard, revient sur la rage de ce gamin qu’il cherche à mieux comprendre : de quoi était-il conscient, qu’est-ce qu’il ignorait, et que voulait-il cacher ?
Au-delà des haines et des ressentiments, par-delà la colère, ce récit est celui d’une réconciliation, qui donne ultimement une clef de compréhension d’un parcours noué à l’Histoire jusque dans l’intime : derrière la mère de pouvoir, l’existence d’une autre mère est révélée, une « mère-maison » à laquelle l’ouvrage rend un bouleversant hommage.
Après Thésée, sa vie nouvelle, Camille de Toledo, entre documentaire et fiction, texte et images, poursuit sa quête d’une autre vision du passé, du présent et de l’avenir.
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Photo Camille de Toledo © Jean-Luc Bertini
Camille de Toledo est né en 1975 à Lyon et vit à Berlin. Écrivain et essayiste connu pour son œuvre mêlant fiction et réflexion sur la mémoire, la migration et l'histoire européenne, son travail entre 2019 et 2021 pour concevoir un parlement du fleuve Loire, qu’il raconte dans Le fleuve qui voulait écrire (2021), a inspiré de nombreuses initiatives dans plusieurs territoires pour donner le statut de sujet juridique aux rivières. Finaliste du prix Goncourt 2021, il est lauréat du prix Franz-Hessel et du prix de la création de l’Académie française pour Thésée, sa vie nouvelle. Lauréat de la Villa Médicis (2004) et de la Fondation Jan Michalski pour l’écriture et la littérature (2019), il est également l'auteur d'Oublier, trahir puis disparaître, Vies pøtentielles et Le Hêtre et le Bouleau, les trois volets de ce qu’il nomme sa « trilogie européenne ».
Entrée 8 € / 4,50 €
(Sur réservation)
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« Les Horizons perdus »
(Éditions du Canoë, 2025)
Une lecture-présentation de Jean Pichard
Le samedi 13 septembre 2025 à 19 h à la librairie (sur réservation)

Éric, rencontré à Port Tudy sur l’île de Groix où le narrateur a ses racines et revient chaque été, rêve de tout larguer et de partir sur l’océan pour ne plus jamais revenir. Il propose au narrateur de l’accompagner dans sa grande traversée, de quitter ce monde qui se désagrège à bord d’un voilier, le Marie Belle, qu’il affrète pour l’occasion. La décision s’impose progressivement devant les émeutes, les troubles de plus en plus récurrents et violents qui agitent Berlin où vit le narrateur qui prend soudain conscience que, n’ayant plus ni amis ni amours, il peut tenter l’aventure. Partout, le monde se décompose rapidement : l’essence devient rare, les rationnements apparaissent, la violence se répand.
Ce roman projette le lecteur dans un monde post-technologique, quand les pannes informatiques, les tensions et les guerres nous mettent à la merci de nous-mêmes sur une planète transformée en champ de ruines. La fuite sur les océans dans un navire à voiles, sans aide de radios ni GPS, avec la seule science des anciens navigateurs, est-elle possible ? Même si elle se suffit à elle-même, est-elle une issue si Ulysse ne trouve plus Ithaque ?

Photo © Ralf Klingelhöfer
Né dans l'Ouest de la France, Jean Pichard vit à Berlin depuis les années 1980. Il se consacre à l’écriture après avoir exercé différents métiers dans l’enseignement, le bâtiment, l’informatique et la photographie, une autre de ses passions. Il a beaucoup écrit mais peu publié. Les Horizons perdus, son premier roman, aurait dû paraître en 2017 aux Éditions de la Différence. L’arrêt brutal des activités de cette maison d’édition ne le permit pas. Le revoici au Canoë huit ans plus tard, et son texte n’a pas pris une ride. Entre-temps, il a publié au Canoë un conte, Lisbonne disparaît, en 2018, et une rêverie sur Böcklin en 2021, L’Île des morts.
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Jadis, en des temps très anciens, c’est sur des canoës que circulaient et se transmettaient poèmes, histoires, contes et légendes. Les Éditions du Canoë entendent s’inscrire dans ce sillage. Suite au dépôt de bilan des Éditions de la Différence en juin 2017, leur directrice Colette Lambrichs décide en septembre 2017 de fonder seule une petite maison d’édition où elle puisse poursuivre un travail éditorial commencé il y a plus de quarante ans.
Entrée 8 € / 4,50 €
Sur réservation !
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Sur la trace des Spätis berlinois
par Dominic Marcil et Hector Ruiz
Le samedi 28 juin 2025 à 19 h à la librairie (sur réservation)

Pour leur troisième séjour en Allemagne en autant d’années, les poètes québécois Dominic Marcil et Hector Ruiz se posent cette fois à Berlin pour une résidence d’écriture de deux semaines. Dans la continuité de leur recueil de recherche-création Taverne nationale (Triptyque, 2019) et de leur essai Lire la rue, marcher le poème (Noroît, 2016), leur projet d’écriture s’inscrit dans une démarche géopoétique et relationnelle. Ils exploreront la vie de rue berlinoise, notamment à travers les Spätis – ces épiceries de nuit devenues lieux de passage et de rencontre – en écho aux « dépanneurs » montréalais. Métonymies d’une ville composite, les Spätis incarnent pour eux une manière d’habiter l’espace urbain à hauteur humaine.
Berlin, ville-rhizome aux strates historiques vertigineuses, ne se laisse pas saisir d’un bloc. Elle se découvre par fragments, dans ses marges, ses surgissements, ses lieux banals devenus saillants. En flânant, en discutant avec celles et ceux qui vivent ces espaces au quotidien, les poètes cherchent à écrire la ville comme on tend l’oreille : attentifs à ce qui bruisse comme à ce qui résiste. Ce projet cherche donc moins à décrire Berlin qu’à entrer en relation avec elle. Le Späti, dans cette approche, n’est pas un objet d’étude mais un lieu d’écoute, un passage vers une poétique située née du frottement entre dehors et dedans. Hector Ruiz
À mi-parcours de leur résidence, c’est à la librairie Zadig qu’ils proposeront une lecture d’extraits de leur projet, occasion de partager quelques éclats poétiques de leur contact avec Berlin en une sorte de « sortie de résidence » et de livrer des fragments de leur dérive géopoétique.
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Entrée 8 € / 4,50 €
Sur réservation !