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Le dictionnaire des Papous dans la tête

Le dictionnaire des Papous dans la tête

Des Papous dans la tête » est une émission radiophonique créée il y a plus de 20 ans par Bertrand Jérôme et Françoise Treussard, sur France Culture. Chaque semaine, elle réunit de façon aléatoire des écrivains, comédiens, professeurs, peintres, journalistes, voire une cantatrice, afin qu’ils s’adonnent pendant plus d’une heure à des jeux littéraires sous (hautes) contraintes, dans l’esprit de l’Oulipo (Raymond Queneau, Georges Perec…).

Chaque jeu est autant d’occasion de manier contrepets, calembours, lipogrammes et autres assonances saugrenues, sans jamais se départir d’une pertinence certaine, le tout enrobé de poésie.

Par cette présente anthologie, Le Dictionnaire des Papous dans la tête, ainsi que par leur émission hebdomadaire, Les Papous prouvent que le rire est une forme d’intelligence, et qu’il est bon de le cultiver.

Le dictionnaire des Papous dans la tête
Collectif Gallimard 23 Euros

« Guerres Secrètes » de Philippe Sollers

« Guerres Secrètes » de Philippe Sollers
Ou ce qu'il en coûte aux mortels d'oublier le divin.

Réjouissons-nous au lieu de nous en attrister : la guerre est permanente et en plus, elle est divine, spirituelle par essence. Tout combat est un combat de l'homme contre des forces qui le dépassent et le confrontent à sa finitude qu'il ne veut plus voir désormais, halluciné qu’il est par la croyance dépressive en sa propre image, par une foi aveugle dans les apparences et la certitude que la mort l’épargnera désormais. Or les apparences sont spectrales et devraient nous inciter à percevoir le réel avec nos sens plutôt qu'avec notre désir ou notre volonté de domination. À la volonté de puissance s'opposerait dès lors la puissance de la volonté de ceux qui osent encore se confronter au divin au lieu de le nier ou de vouloir s'y soustraire.

Ulysse tout d'abord, pourchassé d'île en île par Poséidon, affrontant les prétendants, c'est-à-dire ceux qui ont voulu usurper son nom même, en devenant époux de Pénélope. À Ulysse s'oppose le roi Penthée, déchiqueté par les ménades, parmi lesquelles figure Agavé, sa propre fille - démembré pour avoir douté de la divinité même de Dionysos. La leçon des Grecs est terrible : les hommes sont mus par des forces qu'ils ne contrôlent pas mais qu'ils croient pouvoir dominer. Telle est l'erreur fondamentale de notre époque progressiste, c'est-à-dire sous l'emprise de la métaphysique et du rationalisme le plus barbare.

Quasi-contemporains des tragiques grecs et du divin aède, Homère, les grands penseurs chinois dont Sun Zi ont eux aussi conçu la dépendance humaine par rapport à un monde soumis à des changements permanents et incontrôlables si ce n'est en s'adaptant à la mutation même, en perpétuant la guerre que Sollers définit alors, pastichant Clausewitz, comme la continuation de la nature par d'autres moyens.

Ce qu'il en coûte aux hommes d'oublier le divin ? L'éclairage apporté par Sollers se clôt sur la figure de Joseph de Maistre fustigeant le nihilisme protestant et sa soif de négation à laquelle s'oppose le baroque de la Contre-Réforme, ce dernier cherchant à affirmer la suprématie du divin sur fond de vide/plein créateur.
Réjouissons-nous, cette admirable leçon de spiritualité appliquée nous y invite tandis que continuent à se fourvoyer les illettrés puissants de ce monde, perpétuant de leur côté un état de guerre prosaïquement mortel. La guerre est éternelle, les sexes le savent et l'esprit seul peut l'affronter.


Olivier Rachet

Guerres secrètes, Philippe Sollers
Carnets Nord, Paris, 2007

Tom est mort de Marie Darrieussecq

Tom est mort de Marie Darrieussecq

L'expérience matricielle des limites.

Elle est écrivain, a suivi son mari à Vancouver puis à Sydney, en Australie. Réfugiée, avec ses deux enfants et son époux, dans les Blue Mountains, dix ans après la mort subite de leur fils de quatre ans et demie, Tom, elle entreprend de se souvenir de cet impossible deuil. Aux notations concernant les zones sismiques d'une mémoire ravagée par la douleur et la culpabilité succède l'évocation de paysages mentaux du bout du monde : presqu'île australienne qui se détache tel un bloc de mémoire du continent antarctique, île déserte de Tasmanie couverte d'une forêt discontinue de pluie, désert rouge et blanc d'une chambre obscure enregistrant le cri de douleur indicible d'une mère ayant perdu son enfant.

Le pathos n'est pourtant pas de mise puisqu'il s'agit avant toute chose pour la narratrice d'explorer une béance, d'instiller le doute sur l'artifice d'une cicatrisation ne faisant qu'occulter le néant même de la béatitude humaniste avec laquelle nous envisageons la possibilité même de la mort. Tom est mort et la simplicité de l'énoncé ouvre les portes de l'horreur la plus extrême. Avec ce roman quasi policier explorant les eaux troubles de la conscience féminine, Marie Darrieussecq repousse un peu plus encore les limites de l'écriture de l'impossible. Aux grandes femmes, la matrie rancunière?

Olivier Rachet

Tom est mort, Marie Darrieussecq
P.O.L

Éloge du matricide - Essai sur Proust de Thomas A. Ravier

Éloge du matricide - Essai sur Proust de Thomas A. Ravier
« Au terroriste Oreste ».

« Le français, plus que jamais, me brûle les doigts. J'ai toujours pensé en musique. Puis je frappe ! »
C'est à un essai coup de poing que nous convie Thomas A. Ravier dans une œuvre réglant son compte aux clichés les plus poussiéreux et éculés relatifs au style et à la personne de Marcel Proust, homosexuel renfermé et somme tout si peu héroïque, français ? Face à l'image d'un être sans souffle, reclus dans sa chambre, à la recherche languissante du temps perdu, Ravier oppose l'éclat d'une écriture jaillissant dans le Temps et s'affranchissant des contraintes sociales aussi bien que morales. Ecriture du corps en liberté, insoucieux des conseils que lui donnent les familles, les salons, insoumis, déjà toujours en quête du souffle rebelle de ses phrases dont ces jeunes filles en fleurs seraient la plus juste des métaphores. Aussi la Recherche ne se limite pas au pseudo roman familial du baiser de la mère trempé dans la tasse amère du thé du souvenir, elle s'apparente bien plutôt à un roman d'espionnage du double mensonge social et sexuel qui voit le narrateur épier au début de Sodome et Gomorrhe le jeu de séduction florale de Jupien et Charlus ou tout autre scène transgressive dont le roman fourmille. Face à l'image stéréotypée - mais toute image ne l'est-elle pas ? - d'un écrivain déjà maudit obsédé par l'amour maternel, Ravier oppose la liberté créatrice et donc matricide, de celui qui a traversé l'enfer du désir, c'est-à-dire de l'attente et de la réclusion perpétuelle du désir même, pour accueillir dans ses volutes syntaxiques le cœur même de l'amour assassiné, le miracle de la mère devenue fille de son propre enfant. A l'instar de Joyce ou de Rimbaud, de Baudelaire ou de Céline, la grandeur de Proust réside dans le duel glorieux mené avec le texte biblique lui-même. C'est en privilégiant une écriture joyeuse de la sensation que l'auteur s'incarne christiquement en son texte pour revivre ad vitam aeternam dans le Temps. Retrouvailles ? Variations musicales éternelles. Proust ou l'orgue du Temps, les grandes eaux de la sensation. Vous riez ? Fermez donc les yeux et écoutez respirer les phrases !

Olivier Rachet

Thomas A. Ravier, Éloge du matricide, Essai sur Proust
(L'Infini - Gallimard, 2007)
Page 9/18
9

EN VITRINE

"Culottées 2" de Pénélope Bagieu

"Culottées 2" de Pénélope Bagieu

Sonita, rappeuse afghane et exilée militante ; Thérèse, bienfaitrice des mamies parisiennes ; Nellie, journaliste d'investigation au XIXe siècle ; Cheryl, athlète marathonienne ; Phulan, reine des bandits et figure des opprimés en Inde... Les Culottées ont fait voler en éclat les préjugés. Quinze nouveaux portraits drôles et sensibles de femmes contemporaines qui ont inventé leur destin.

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