Je ne sers à rien […]. Je suis incapable d’élever des porcs. Je n’ai aucune notion sur la fabrication des saucisses, des fourchettes ou des téléphones portables. Tous ces objets qui m’entourent, que j’utilise ou que je dévore, je suis incapable de comprendre leur processus de production. Si l’industrie devait s’arrêter, si les ingénieurs et techniciens spécialisés venaient à disparaître, je serais incapable d’assurer le moindre redémarrage.
Michel Houellebecq
extrait de Les Particules élémentaires, Éditions Flammarion, 1999

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Nous avons le plaisir de vous présenter
AUTO-DESTRUCTION
Pourquoi la voiture détruit le monde
(et comment arrêter ça)
(Éditions Wildproject, 2025)
Une lecture-présentation de Kilian Jörg le samedi 2 mai 2026 à 19 h à la librairie (sur réservation)

La voiture a beau être l’un des principaux agents de destruction de la vie sur Terre, elle a beau tuer un million d’êtres humains par an dans le monde, rien ne semble défaire notre amour pour elle, ni notre dépendance structurelle vis-à-vis de ses promesses – confort, rapidité, praticité, élégance. Elle constitue, depuis bientôt un siècle, la clef de voûte de notre organisation spatiale, sociale et affective. Il est plus que temps d’analyser notre relation toxique avec elle, de se libérer de ses séductions factices et coûteuses, et de mettre un terme aux ravages planétaires qu’elle entraîne.
Ancien petit garçon amoureux des voitures, Kilian Jörg explore ici la façon dont la bagnole informe l’idée que nous nous faisons de la « liberté », de la « normalité », de la « raison » et de la « nature » – au point de devenir l’objet emblématique de l’hybris capitaliste et de transformer chacun de nous en micro-fasciste.
Dialoguant avec Beyoncé et Baudrillard, Descola et Batman, le philosophe nous emporte dans des montagnes russes à travers la culture pop, la masculinité fasciste, l’hégémonie du pétrole et du béton, les parcs nationaux, les occupations de terres par des militants, pour nous emmener vers des mondes sans voitures et pleins de vie.
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Photo Kilian Jörg © Sabrina Rosina
Kilian Jörg est un·e artiste et philosophe de l’écologie né·e en Autriche en 1990, travaillant sur la catastrophe écologique et sur la manière dont nous pouvons y répondre culturellement. Après un doctorat en philosophie, iel œuvre dans divers pays, collectifs et disciplines. Iel a publié six essais qui ont rencontré un fort écho en Allemagne. Francophone, iel est proche des mondes militants et des lieux de lutte en France.
Entrée 8 € / 4,50 €
Sur réservation !
Il y a quelque temps, je me suis retrouvé à devoir faire un trajet d’environ cinquante kilomètres à travers des routes de campagne pour ramener le petit camion d’un ami artiste. Avant ce jour-là, je n’avais encore jamais conduit un aussi gros véhicule, mais mon sujet de recherche m’avait rendu curieux de savoir comment je vivrais une telle expérience. Au bout de quelques kilomètres, après une phase d’adaptation pour le moins tendue, je me suis rapidement habitué à la démesure et à la puissance de mon 3,5 tonnes, je me mis à goûter cette fameuse légèreté avec laquelle je faisais glisser mon lourd chargement sur le béton soyeux. Un magnifique paysage de collines boisées défilait à travers ma vitre. Les rares localités qu’il me fallait traverser étaient la plupart du temps organisées de telle manière – à l’aide d’un système de feux de circulation et de ronds-points – que je n’ai guère eu l’occasion de repasser au point mort. Tout semblait venir envelopper joyeusement et de bon gré mon lourd chargement que seuls quelques rares nids-de-poule parvenaient à faire gronder. Dans l’autoradio, des voix suaves vantaient toutes les demi-heures la fluidité du trafic et me souhaitaient avec enthousiasme – en même temps qu’à toute cette communauté imaginaire et atomisée de conducteur·ice·s autour de moi – une « bonne route ». Sur le bas-côté, j’apercevais à intervalles réguliers des panneaux publicitaires et des bars louches où officiaient des strip-teaseuses. Partout, des femmes, la plupart du temps blondes et invariablement minces, m’adressaient des sourires engageants et aguicheurs. Tout semblait venir confirmer mon être et me donner raison, m’assurer que j’avais ici la priorité, que j’étais le centre de l’univers.
Extrait d′Auto-destruction de Kilian Jörg
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