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L'homme sans talent de Yoshiharu Tsuge

L'homme sans talent de Yoshiharu Tsuge
Pour le pékin qui ne saurait sous quel angle d’attaque aborder ce livre… pas de panique ! D’un mode d’emploi il est doté : voilà qui vient fort à propos lorsqu’il s’agit de lire de droite à gauche. Anecdotique, diront certains ? Que nenni : bien que ce soit, pour la plupart des éditeurs français de mangas, la façon la plus fidèle de retranscrire les vignettes « inversées » du japonais, c’est un souhait particulier de l’auteur que cet aspect formel annonce au lecteur occidental le bouleversement de ses habitudes bédéistiques.

Que celui-là soit un féru de mangas ou non ne change rien à l’affaire : L’homme sans talent, la seule de ses œuvres publiée en français (non traduite en allemand) est bel et bien une BD d’auteur, une vraie. Précurseur en son temps, Yoshiharu Tsuge a contribué à révolutionner la bande dessinée par le choix d’un public adulte, par un travail quasi photographique de l’image, par l’introduction d’un genre jusque-là romanesque, l’autobiographie. Un personnage qui dit « je », une découpe en chapitres, des cadrages étudiés, une esthétique épurée façon jardin japonais, des ruptures brusques créant un décalage pour neutraliser le pathos. Un personnage a contrario des exigences de rendement et de compétences de la société de consommation ; désabusé mais pas blasé, le ton vif et l’humour acerbe, il nous entraîne, avec fantaisie et noirceur réaliste, sur les traces d’un homme ayant tour à tour échoué dans la vente des cailloux et des appareils photos, ami d’un oiseleur et d’un brocanteur sans clients, et qui résiste encore et toujours à ce qui « marcherait » à coup sûr : la BD… Cette dernière devient alors l’une des valeurs conservées à l’ère du tout consommable, par un « homme sans talents » qui n’en est pas un. Plutôt un homme qui vit un choix à une époque où la société tend à imposer la même marche à tous. Disons, le dernier des excentriques…

Marion Doublet

L'homme sans talent, Yoshiharu Tsuge
Ego comme X, Paris, 2004
29,- €

Poulet aux prunes de Marjane Satrapi

Poulet aux prunes de Marjane Satrapi
L´Iran à la fin des années cinquante. Les bouleversements politiques et économiques de ce pays riche oscillant entre nationalisation des ressources pétrolières et dictature des puissances européennes ailleurs défaillantes, alors que dans le monde la décolonisation est en marche, servent de décor à ce nouvel album de Marjane Satrapi.
Reza, joueur de Tar, sorte de guitare perse traditionnelle, est un homme brisé. Dans un accès de colère et de jalousie, la femme de celui-ci détruit l´objet de tout son amour, et le précipite dans une dépression profonde et subite. Pendant les huit jours qui précèdent l´issue fatale, nous partageons avec le pauvre homme le souvenir des années de jeunesse, des amours perdus, ce temps où la vie était une promesse de joie et de musique. Une tendresse infinie et un gros chagrin que le talent de narratrice et de dessinatrice de Marjane Satrapi nous font partager.
Un livre à vous briser le cœur de sa poésie magnifique, qui ravira ceux qui sont déjà tombés sous le charme de Persepolis.

Claude Ollivier

Poulet aux prunes, Marjane Satrapi
L'Association, Paris, 2004,
16,- €

L'ascension du haut-mal de David B.

L'ascension du haut-mal de David B.
L'ascension du haut-mal est une autobiographie dessinée. L'auteur y raconte sa vie à travers l'épilepsie de son frère, ce "haut-mal" qui ne cesse de croître au long des 6 volumes et qu'il faut escalader. Sur les couvertures en jaune et noir on voit les deux frères, côte à côte, de face et à différents âges. Peu à peu, à mesure que le corps de l'un d'eux se déforme, le noir l'emporte, un noir fait de figures étranges, primitives et monstrueuses. Ces formes, violemment décoratives, figurent magnifiquement les peurs, les phantasmes ou la mort, intègrent le récit et s'emparent du décor pour dire les rêves, les souvenirs et les histoires que se raconte l'auteur enfant. Elles sont à la fois l'expression de tout cela et la manière d'y survivre.
David B. montre par le dessin comment le dessin lui a permis de gravir le haut-mal, comment il a mené (d'abord avec son frère lorsqu'ils étaient enfants, puis tout seul) un difficile travail d'exorcisme graphique.
C'est un travail du même ordre que l'on trouvera dans Le cheval blême, première oeuvre publiée de David B., où il note, comme le fit Perec en son temps, ses rêves ; ou bien dans le récent Babel (Vertige graphic, 2004) au sous-titre révélateur : « Rêves, mythologies, souvenirs, histoires ».

Patrick Quérillacq

L'Ascension du Haut Mal (T. 1 à 6), David B.
L'Association, Paris, 2002
16,- € (T. 1), 14,- € (T. 2 à 6)


Babel (T. 1 et 2), David B
Vertige Graphic, Paris, 2004 et 2006
11,- €

EN VITRINE

"Qu'est-ce qu'une nation ?" de Gérard Noiriel

"Qu'est-ce qu'une nation ?" de Gérard Noiriel

Reprenant une question à laquelle Ernest Renan tentait déjà de répondre en 1882, lorsqu'il formulait l'idée qu'une nation repose à la fois sur un héritage passé, qu'il s'agit d'honorer, et sur la volonté présente de le perpétuer, Gérard Noiriel défend ici une autre tradition républicaine en plaidant pour que la connaissance historique puisse servir à l'émancipation des citoyens...

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